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  04 janvier 2008
 
Le printemps libanais se régénère sur la blogosphère

L'auteur de Beirut spring, l'un des sites les plus en vue de la blogosphère libanaise, n'a jamais souhaité devenir journaliste. Par ses écrits,  Mustapha Hamoui ambitionne de changer les choses. En moins de trois ans d'existence, son blog reçoit pas moins d'un millier de visites par jour.

Patricia Khoder
 
Hamaoui a commencé à bloguer en février 2005 juste après l'assassinat du Premier ministre libanais Rafic Hariri. Son site, beirutspring , a été baptisé en  hommage au mouvement contestataire qui avait envahi durant plus de deux mois la capitale libanaise au  lendemain de l'assassinat de Hariri, pour appeler au retrait syrien et à l'instauration d'un Etat de droit.

Aujourd'hui, le blog politique de Mustapha reçoit chaque jour un millier de visiteurs, des Libanais du monde entier mais aussi des  professionnels des médias comme CNN et ABC. D'ailleurs, grâce à son blog, Mustapha, 29 ans, a été invité aux Etats-Unis en octobre dernier pour prendre part à une conférence du Centre pour les études internationales et stratégiques ayant pour thème 'protéger les civils du terrorisme'.

Originaire de Tripoli, au nord du Liban, il ne séjourne que deux fois par an au pays du cèdre ; ce qui ne l'empêche pas d'être au fait de l'actualité de son pays. Diplômé en art graphique et en gestion d'entreprises de l'Université américaine de Beyrouth, Mustapha travaille au Ghana où il dirige l'entreprise familiale, un commerce qui n'a rien à voir avec l'informatique.

Néanmoins, Mustapha consacre en moyenne deux heures à son blog, soit tôt le matin avant de partir au travail, soit en soirée.
« Après l'assassinat de Hariri, je cherchais une façon de m'exprimer. Je voulais dire ce qui me pesait sur le coeur. Au début c'était basique. Le blog s'est développé avec le temps », confie-t-il.

Petit à petit Mustapha prend goût à l'écriture et s'accroche aux commentaires des internautes, qu'ils soient positifs ou négatifs. « J'évolue grâce à cette interaction, surtout quand  les personnes qui me lisent et qui réagissent ne sont pas de mon avis. J'apprends beaucoup grâce à ceux-là » indique-t-il. C'est que Mustapha a le courage de se remettre en question. Il cite souvent les critiques reçues et occulte les compliments.

Il explique aussi qu'il a choisi un blog politique parce que "les Libanais sont politisés par nature et parce que le monde de la politique au Liban - avec des groupes qui s'unissent ou qui se dressent les uns contre les autres - est fascinant".

Guerre blogguée
Y a-t-il un point commun à tous les bloggueurs libanais? Pour Mustapha, tous ses compatriotes bloggueurs qui ont choisi d'écrire des textes politiques pensent qu'ils peuvent changer les choses. "Nous y croyons. D'ailleurs, c'est ce qui nous motive. Nous ne voulons pas uniquement être lus, nous croyons véritablement que nous pouvons faire la différence", dit-il. "Les bloggueurs libanais qui écrivent en langue anglaise constituent un lien entre l'Orient et l'Occident. Les internautes étrangers les moins politisés n'iront pas vers les sites des journaux libanais mais préféreront les blogs, plus simples à lire, plus proches d'eux, et ainsi ils pourront mieux nous comprendre", explique-t-il. Il soutient également que le travail effectué par ses compatriotes bloggueurs a influé positivement sur la perception de la blogosphère mondiale sur le Liban. "Nous avons un message à délivrer", martèle-t-il.

Pour mieux illustrer son idée, Mustapha donne l'exemple de la guerre de juillet 2006, celle qui avait opposé, durant trente-trois jours, Israël au Hezbollah libanais. "C'était la première guerre blogguée du monde", souligne-t-il, ajoutant que "les échanges étaient intenses entre bloggueurs libanais et israéliens".

Durant la guerre de juillet 2006, www.beirutspring.com recevait tous les jours la visite de plus de 6000 internautes.
Se souvenant toujours de cette guerre, il indique : "J'étais au Liban quand elle a éclaté et je mettais toutes les informations dont je disposais en ligne. A cette période-là, CNN et la BBC étaient entrées en contact avec moi pour m'interviewer. Les médias étrangers s'intéressent à nous peut-être parce qu'ils sentent que nous sommes plus proches et plus accessibles que les journalistes ou les politiciens".

Mustapha évoque avec beaucoup d'enthousiasme d'autres bloggueurs qu'il a rencontré. Les amitiés se forment grâce aux liens d'un blog à l'autre. Invité à Washington - grâce à son blog - pour prendre part à une conférence, il a pu rencontrer dans la vraie vie des bloggueurs qu'il connaissait déjà grâce à la blogosphère.
 
Briser les tabous du monde arabe
Soulignant l'importance des bloggueurs dans le monde arabe, Mustapha Hamoui indique que "dans cette partie du monde il y a beaucoup de tabous et très peu de liberté". "Les blogs du monde arabe contribuent à briser les tabous... Ce n'est pas le cas au Liban où la presse est libre. De plus, nous n'avons que deux sujets tabous : les relations libano israéliennes et l'homosexualité. Ceux qui écrivent sur ces deux thématiques conservent l'anonymat", raconte-t-il.

Concernant toujours la blogosphère libanaise, Mustapha souligne qu'il y a eu deux étapes importantes dans la création des blogs au Liban : la première était après l'assassinat de Rafic Hariri et la deuxième durant la guerre de juillet 2006. "L'important dans ce cadre n'est pas le nombre des bloggueurs qui se manifestent à une période donnée mais le nombre de ceux qui tiennent le coup et restent dans la blogosphère. Actuellement, il existe une quinzaine de bloggueurs assidus qui traitent la politique libanaise", dit-il.

Mustapha, qui a enseigné l'art graphique durant un an à l'Université américaine de Beyrouth avant de se rendre au Ghana, n'a jamais voulu devenir journaliste. "Un journaliste n'est pas aussi libre qu'un bloggueur ; le métier de journaliste est plus rigide", conclu-t-il.

Journaliste libanaise, Patricia Khoder travaille à Beyrouth pour le quotidien francophone L'Orient-Le Jour.